Dr. med. vet. Dunya Reiwald
dipl. SHI, SVS, DENVF
Berne

 

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Chiens

Le comportement canin, quelques indications personnelles et d'éducation (la science comportementale est basée sur l’observation ! )                 

Le comportement de l’animal est l’expression visible de son état d’âme.

 Chiens dangeureux?

Du point de vue de la recherche comportementale, il n’est absolument pas prouvé que toutes les races se comportent de manière uniforme en ce qui concerne l’agression. L’agression est polyfactorielle, faisant partie du comportement social et dépendant d’une multitude de variables (la génétique n’en étant qu’une). Les races sont des sous-catégories d’une espèce qui se différencient en certains caractères héréditaires et pas du tout en tous les caractères. Les accidents arrivent surtout à la maison, avec un chien familier. Seul qui est capable d’évaluer son chien peut prévoir son comportement. L’homme adore caresser, toucher et le chien n’est pas toujours prêt pour ces gestes. Il peut répondre en se retirant ou grognant. Ceci n’est pas de l’agression mais de la communication : "Ne me touche pas maintenant, je suis en train de faire autre chose!" ou "tu me fais peur !"

Pour une protection de 100% on ne peut qu’interdire les chiens. Mais tout être a un droit d’exister et nous aide en plus à mieux nous percevoir nous-même. Il est cependant nécessaire de retrouver une relation normale avec nos chiens, car ceux-ci ne se comportent pas comme des humains même s’ils réussissent à vivre avec eux merveilleusement. Les chiens doivent avoir la possibilité d’apprendre à se comporter en respectant nos intentions communiquées clairement. 

Chaque comportement observé est le résultat de la disposition génétique de l’animal en question ainsi que des nombreuses influences sociales et non spécifiques auxquelles l’animal est confronté lors de son développement. C’est l’environnement qui forme le chien et décide quels gènes seront favorisés. L’humeur que le propriétaire transmet au chien et la volonté du chien de copier le maître jouent eux aussi un rôle prépondérant.

Les mêmes signaux utilisés de manière différentes par le chien peuvent avoir des significations différentes selon leur combinaison. Montrer les dents ne signifie pas toujours promptitude à l’attaque, l’ensemble des signaux doit être pris en compte pour comprendre une situation. Des oreilles couchées sur la tête, toutes les dents découvertes, une posture basse, et le regard fuyant sont des signaux qui déclarent : « Tiens-toi à distance ». Une attaque peut avoir lieu si cette distance est transgressée. Le chien n’a pas le choix quand il n’ a pas les moyens de fuir: il doit se défendre.

 

Agression

Seul un animal conscient de ses capacités et prêt à se battre prend le risque de menacer. Chez les loups les signaux sont clairement évaluables afin que tout animal ait la possibilité de se retirer. 

Il n’y a pas d’individus clairement dominants, ce sont les relations qui peuvent être dominantes quand par exemple A enfreint constamment la liberté de mouvement de B, sans que B ne se défende. B accepte donc cette situation et en est partiellement responsable.

Comportement dominant : Barrer le chemin, fixer du regard, contrôler les mouvements, Abaisser, pousser dans un coin, pincer, se battre (avec inhibition de la morsure).

 

Le chien un loup?

Le chien descend du loup. Il fait partie de la famille des chasseur à terre tout comme l’ours ou le chat. Mais notre chien n’est pas un loup. Ceci doit être clair. Il ne possède qu’une partie infime des mimiques de communication du loup et est domestiqué par l’homme pour l’homme depuis des millénaires. Le chien aime l’homme et lui ressemble. Il apprend facilement à vivre avec l’homme. Il est même plus habile que le primate quand il s’agit de décoder des signaux de communication humains. 

Le comportement du chien ne peut jamais être extrapolé directement du comportement du loup. Les chiens forment des hiérarchies comme le loup lorsqu’ils sont tenus dans des chenils, mais ces hiérarchies sont beaucoup plus fines chez le loup. Celui-ci est pour ainsi dire la boussole biologique du chien, le système de référence qui nous permet d’évaluer le comportement canin.

 

Peur et anxiété

Les animaux sont d’autant plus anxieux qu’ils sont élevé dans des environnements pauvres en stimuli. Les animaux anxieux apprennent mal, tout comme les animaux surmenés, dont on attend plus que ce qu’ils apportent dans leur registre inné. Ils peuvent ainsi développer une promptitude à l’attaque démesurée. La peur de son côté est un atout naturel qui protége l’animal du danger. L’anxiété elle, n’est pas nécessaire et peut rendre malade quand elle ne s’éteind plus. 

Si le propriétaire du chien se trompe constamment quant au but du comportement canin, des signaux et de ses fonctions, l’animal peut entrer dans un stress social chronique. Ici la règle est claire : les comportements dont la source est la peur doivent toujours et systématiquement être ignorés, si ce n’est que la peur est justifiée. Les problèmes comportementaux sont programmés si l’on récompense ou punit ce comportement.

 

Protection du chiot

La protection du chiot par les autres chiens n’est pas innée. Chaque chien doit apprendre à protéger les chiots, tout comme il doit apprendre à protéger les petits enfants. Un chien qui n’a jamais rencontré d’enfants ne les protègera pas peut-être parce qu’il a peur d’eux… Il essayera de s’en débarasser ou de les éviter.

 

Aboyer

Aboyer ne semble pas être un vrai moyen de communication. Ce serait plutôt une expression d’énervement, et l’aboyement varie d’après le degré d’énervement. On n’a jamais pu reconnaître un vocabulaire, il semblerait donc que l’aboyement ne communique rien de précis.

 

Différentes positions:

En imposer (= menace différée, attaque rare)

Le regard est détourné et tout contact des yeux est évité. Les oreilles vont vers l’avant. Les oreilles ballantes et semi-tombantes sont redressées. Les extremités sont raides et la queue portée haute. La tête et la museau sont horizontaux. Le chien peut gratter la terre des postérieurs ou des quatre pattes.

Le chien marque la terre de son urine ou de ses fécès.

L’imposant se positione de côté ou se met de travers à l’autre

L’imposant met sa tête au dessus de l’autre

Menace d’attaque

En imposer peut passer à la menace.

La queue est tirée vers l’avant au-dessus du dos.

La tête est légèrement abaissée et forme une ligne avec le dos. Les dents sont découvertes devant, ce qui rend les coins des lèvres courts et ronds. En cas d’insécurité les dents se découvrent vers l’arrière.

L’opposant est fixé du regard

Evtl. grognement ou aboyement de la part de l’imposant

Certains chiens ne menacent plus avant l’attaque. Ceci peut être dû à plusieurs faux développements : socialisation incomplète ou manquante, place peu claire dans la « famille-meute », trop peu de rencontre avec des congénères. 

Menace défensive

Les oreilles vont vers l’arrière 

La gueule est grandement ouverte ou l’animal claque des dents dans l’air

Les extrémités se courbent un instant

La queue est entre les jambes

Les poils peuvent se hérisser

Humilité, subordination passive

Le contact avec les yeux du dominant est évité, la tête est détournée

Les oreilles vont vers l’arrière

Les lèvres sont tirées vers l’arrière et forment un « sourire de subordination »

Le subordonné peut donner la patte à l’autre

Certains chiens se montrent subordonnés lors du salut envers les humains et se mettent directement sur le dos. Il s’agit là de chiens très subordonnés et peu sûrs d’eux ou alors de chiens qui sont tenus comme des enfants et ont appris à profiter des avantages qu’apportent la position sur le dos. 

Humilité, subordination active

Les extrémités sont courbées

Le corps est abbaissé

La queue est basse, et bougée à haute fréquence dans un petit rayon.

 

 

Apprendre et un peu d'éducation de base


La félicitation représente le but d’un comportement après un ordre pour tous les chiens étant des animaux hautement sociaux. Cette réaction est partie intégrante du comportement social du chien. Il est donc clair que les chiens peuvent être éduqués et entrainés le mieux grâce à la félicitation, vu que c’est ainsi qu’ils apprennent le plus naturellement. Ils reconnaissent exactement quand il s’agit de succès ou d’insuccès et se comportent en conséquence (succès : le comportement est renforcé, insuccès : le comportement s’affaiblit). 

Les signaux optiques et accoustiques, les gestes et la mimique sont d’une grande aide, vu que les chiens les notent automatiquement (c’est inné). Même les pauses dans le language humain, la mélodie, la rapidité des paroles ou l’intonation personnelle jouent un rôle.

Les chiens apprennent en fait chaque jour en étant confronté à leur environnement et en accumulant les expériences. 

Tenir les chiens de façon conséquente et constante leur permet de développer la sécurité sociale et le bien-être qui est à la base d’une relation sûre entre chien et homme. En passant l’on peut noter que le contact avec nos frères humains ainsi qu’avec le règne animal est nécessaire afin que nous nous développions de manière humaine (Olbrich 2002)!

Les interactions homme-chien qui sont jugées comme intolérables et sont immédiatement communiquées comme impulsion négative au chiot, permettant donc au jeune animal de l’associer au mauvais acte, ne conduisent pas à la désaffection. Elles permettent au contraire une relation sociale claire dans le groupe. Les chiens ne doivent pas voir en l’homme un rival avec lequel la hiérarchie est constamment remise en cause. La relation doit reposer sur la confiance et l’affection, mais l’homme doit s’assurer le rôle de chef de meute dès le départ. C’est lui qui doit prendre soin du chien et qui doit s’assurer que le chien comprenne, de part le comportement humain, quand il y a lieu d’avoir peur et quand ce n’est pas nécessaire.

 

Jouer

Le jeu social est à la base de la „justice“ qui caractérise les chiens. Le jeu ne peut avoir lieu que quand les animaux se comportent de façon juste et dans une atmosphère décontractée. Les chiens apprennent ainsi que se comporter de façon juste est recompensé. Le manque de jeu social a des conséquences terribles pour le développement social, car c’est lui qui permet l’apprentissage d’une coopération finement élaborée, de ce qui est « juste » et ce qui est « faux » losqu’on intéragit. Protégés par le jeu et son atmosphère particulière, les chiens sont au mieux d’apprendre. 

Le jeu social permet aussi de différer les agressions : Le chien communique de façon inconsciente (pour lui et son congénère) avec des signaux de jeu que maintenant „On joue“! Si ces signaux manquent parce qu’ils n’ont jamais été appris, le risque d’un affrontement augmente dramatiquement. 

Le jeu représente probablement une partie de l’armure nécessaire pour le développement et la différenciation de l’échantillon comportemental de l’adulte. Il sert tout de suite à développer les capacités corporelles du chiot, comme la coordination du mouvement. 

Bref: le jeu semble augmenter la flexibilité du comportement social. 

Formes de jeu fréquentes: Position basse de l’avant-train, donner la patte, courir et tourner sur soi même.

Certaines races de chiens sont si sociales qu’elles préfèrent l’homme à leurs congénères. Et il est vrai que l’homme et les canidés sociaux se ressemblent en bien des points (groupe de famille -meute-, engagement parental, partage de la nourriture etc.). Bien que cela ne soit pas prouvé scientifiquement on peut dire finalement que les chiens en disent long sur leurs « Hommes », vu qu’ils se transforment spécifiquement pendant qu’ils s’adaptent.

Et d’ailleurs : l’homme aussi a besoin de jouer. Le jeu forme le cadre dans lequel a lieu le développement cognitif et social (entre 6 et 7 ans). Il est reconnu que jouer permet au cerveau de se développer.

 

Education des tout petits

Que les chiots soient remis à leur place par un secouement à la nuque n’est que légende. Ce secouement vient du comportement de chasse et est montré au chiot en jouant pour qu’ils apprennent comment tuer de petites proies. Un petit chien qui est soulevé et secoué violemment aura terriblement peur et sera peut-être même blessé. 

La liberté folle des chiots n’est pas illimitée. Au contraire les adultes provoquent souvent des situations dans lesquels les chiots arrivent à leur limite et sont alors sanctionnés de manière précise. 

Durant la phase sensible de 4 à 16 semaines l’organisme est très ouvert de part les organes sensoriels au aguêts et accumule de nombreuses informations dans sa mémoire. Ces sensations ainsi que les informations génétiquement acquises constituent la base des connaissances nécessaires pour la vie future du chien. Les conséquenses négatives (insécurité, peur) sont programmées si ces apprentissages manquent lors de cette phase, et peuvent conduire à des attaques contre des congénères ou des humains.

Cet apprentissage précoce se différencie de l’apprentissage tardif en ce qu’il est beaucoup plus profondément ancré et difficilement éteint ou oublié. De plus il influence l’apprentissage tardif. Lors de cette phase sensible même les quantités d’expériences infimes ont un effet durable sur le comportement (la même quantité plus tard n’a plus le même effet).

Un développement offrant au chiot les expériences fondamentales pour son développement cérebral lui permettra de toujours s’adapter à un environnement changeant. Car c’est ainsi qu’il acquiert la sécurité de prendre contact entièrement avec son environnement et de digérer les nouveautés, sans peur de nouveaux stimulants. Cette sécurité ne dépend pas seulement de la chienne élevant les petits, mais tout autant de l’éleveur, qui, au travers de sa relation avec la chienne influence le comportement des chiots. La peur, nous l’avons dit, est un comportement normal qui protège le chiot des dangers. Tout le travail de l’homme est de réduire cette peur aux circonstances vraiment effrayantes afin que le chiot ne craigne plus les bagatelles tel un orage ou un claquement de porte.

 

L’inhibition de la morsure doit être apprise le plus tôt possible : Les chiots qui pincent lors du jeu sont éliminés par un « Aïe » très fort. Ceci entre chiens comme avec l’homme. Celui-ci doit rester vigilant lors du jeu afin d’interdire ce qu’il ne veut pas et en faire prendre connaissance au chien.

 

Stress

Les chiens sont dépendants de l’homme quand il s’agit de maîtriser certaines situations effrayantes ou excitantes. L’homme est le partenaire social qui doit offrir le soutien social vu qu’il est le chef de meute. Les chiens non socialisés ou mal socialisés ne peuvent se soustraire au cercle vicieux du stress que grâce à l’homme. En effet celui-ci doit s’occuper d’eux et gagner peu à peu leur confiance, afin que le lien les unissant permette l’aide sociale lors de situations difficiles. Les loups sont dans ce cas dépendants des autres membres de la meute. 

Le stress chronique est néfaste pour les processus d’apprentissage et de mémorisation. C’est pourquoi la contrainte est moins bonne pour apprendre : elle entraine des taux plus élevés de cortisole et de catécholamines et des changements du comportement comme se figer, l’apathie, l’agressivité imprévisible et l’automutilation. Tous les comportements exagérés sont des réactions à des conflits intérieurs: se gratter, bailler, se lécher continuellement le propre museau jusqu’à l’automutilation etc. Ces comportements doivent être pris très sérieusement, car ils sont difficilement supprimés et signifient un stress considérable pour le chien.

Les chiens peuvent répondre au stress de deux manières: confrontation active et contrôle de la situation ou relaxation (grâce au soutien social).

 

La castration

La castration du mâle est généralement conseillée. Elle ne change pas la manière d’être du chien. Seules la libido, la digestion et la peau notent le manque de testostérone. Un chien qui attaque les autres chiens n’oubliera pas cela après avoir être castré ; un bon vivant ne deviendra pas soudain agressif. Ils seront moins intéressés au femelles, ce qui n’influence souvent pas le jeu. Au contraire, ils peuvent à présent se concentrer entièrement sur le jeu. 

Un mâle castré peut être ennuyé par des femelles, mais ne sera plus autant agressé par des mâles. Si des mâles l’énervent et veulent le monter, normalement il les écartera. 

La castration des femelles est elle aussi conseillée. On évite certaines maladies et les mauvaises surprises (on est pas toujours prêt à accueillir huit chiots!).

 

Morale?

Ce qui est bon et mauvais pour l’homme ne peut être extrapolé au chien. Mais en éduquant nos chiens nous formons une nouvelle instance qui surplombe leur comportements innés et leurs impulsions. C’est ainsi que l’autorité humaine devient en quelque sorte analogue à une morale.

 

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